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Interview dans le magazine JONAS

Article paru dans « JONAS » Revue mensuelle anthroposophique (Février 2006)

DIRE AU REVOIR A SA DOULEUR D'ENFANT

Même une éducation `normale' laisse des traces douloureuses dans notre vie. Avec la méthode thérapeutique de la P.R.I. – Past Reality Integration – on règle ses comptes soi-même.

Texte: Arianne Colle - Illustration - Anna Boterman

DIRE AU REVOIR A SA DOULEUR D'ENFANT"Tout a commencé autour de la naissance de mon premier enfant. Jusque là ma vie paraissait sans problème. Je travaillais beaucoup et j'avais beaucoup de succès en tant que consultant et coach dans les entreprises. Jusqu'à ce que plusieurs évènements douloureux se sont produits aussi bien dans ma vie privée que dans ma vie professionnelle. J'étais complètement épuisée et surmenée. Je cherchais des explications pour ma fatigue et mon désespoir dans la vie que je menais : trop d'activités etc. J'ai commencé des séances de thérapie et la thérapeute m'a donné, heureux hasard, un livre d'Alice Miller. Ce livre m'a frappé de plein fouet. Miller décrivait les traces que laissent une éducation dite `normale'. Miller expliquait que notre société est aveugle pour les besoins émotionnels des enfants. Son message m'a touché droit dans le coeur, moi, produit d'une éducation normale hollandaise. Je ne devais jamais échouer en tant qu'enfant et je voulais toujours tout bien faire.'
`Finalement, j'ai complété mes connaissances et expériences dans le domaine du comportement, de la cognition, de l'attention et de la conscience, avec les points de vue de Miller concernant les besoins des enfants et les suites néfastes d'une éducation dite `normale''.

Il y a six ans, Ingeborg Bosch (45 ans) a développé la méthode thérapeutique P.R.I. (Past Reality Integration®). Le point de départ est que presque toutes les émotions douloureuses que nous ressentons dans le présent, ont leur origine dans notre enfance. D'autres thérapies sont basées sur ce principe, mais il y a une différence. `La P.R.I. se distingue par une approche très concrète et intégrée du comportement, de la cognition et des émotions ` comme nous l'explique Ingeborg Bosch. `Les trois reçoivent autant d'attention. La P.R.I. donne au client un outil pratique afin de démêler, de façon autonome et juste, le présent du passé et elle permet ainsi de régler définitivement les comptes avec l'influence néfaste d'une ancienne douleur'. `Après la lecture de mes livres `Guérir les traces du passé' et `Illusions', beaucoup de personnes comprennent enfin ce qui se passe. Pourquoi elles sont si mal à l'aise socialement ou pourquoi elles se sous-estiment autant. Et également beaucoup de lecteurs m'écrivent que la P.R.I. est une approche qu'ils cherchent depuis longtemps. Ils trouvent dans la P.R.I. ce qu'ils considèrent comme le `maillon manquant'. C'est clair que dans beaucoup de thérapies, l'accent est soit sur la pensée, soit sur le ressenti, soit sur le présent, soit sur l'enfance'.

Comment se présente la P.R.I. dans la pratique ? Est-ce qu'on parle ? Est-ce qu'on fait des exercices ? Et quel est l'essentiel de la méthode ?

"L'objectif de la P.R.I. est d'apprendre à être dans le présent, sans être emparé par le passé. Le présent est chez presque tout le monde alourdi par les expériences de la petite enfance et donc d'une réalité passée. Une problématique psychique inexpliquée indique presque toujours une ancienne douleur non-assimilée. Souvent, un enfant ne reçoit pas ce dont il a besoin. Les enfants ont besoin de sécurité physique et émotionnelle, d'attention affectueux, d'être compris, soutenus, et stimulés avec un respect pour leur propre identité. Au lieu de cela, ils sont souvent obligés de respecter des règles qu'ils ne comprennent pas. Ils sont des fois punis parce qu'ils ne sont pas gentils ou traités en général avec peu de respect. Les parents ne sont souvent pas capables de satisfaire les besoins de leurs enfants. Ce qui est en partie causé par le fait qu'ils ont refoulés leur propre douleur d'enfant. En tant qu'enfant on crée des mécanismes de défense contre la douleur et on continue de les utiliser en tant qu'adulte. Avec la P.R.I. on va briser cette défense. Et on le fait en plusieurs étapes.
D'abord on apprend à s'observer, c'est la partie cognitive. Les clients reçoivent des devoirs à faire chez eux. On apprend à reconnaître sa façon de se défendre. On s'entraîne à identifier les réactions fortes et exagérées et à les analyser une fois le calme revenu."

‘Le monde est devenu plus grand'

Tike (39) est mariée, a deux filles de 9 et 11 ans et suit une thérapie en P.R.I. depuis un an. A la formation d'assistante sociale elle a toujours entendu qu'elle devrait accepter qu'elle est comme elle est : « Il faut faire avec ses capacités et ses limites » nous disaient les enseignantes. Mais cela m'inspirait de moins en moins. Parce que j'étais une personne anxieuse qui doutait de soi-même. A mi-lecture de `La redécouverte du vrai soi', j'ai pleuré tellement je me suis reconnue. Je me réalisais que ma peur et mes doutes étaient des formes de défense et j'ai compris que je n'avais pas à `accepter' ma peur mais que je pouvais y faire quelque chose. Ensuite j'ai commencé une thérapie. Ironie du sort : j'ai du affronter ma peur de conduire une voiture parce que la thérapeute habitait un endroit où je ne pouvais pas aller par le transport en commun. Pendant un de nos premiers entretiens j'ai compris que ma peur n'était pas liée au présent. Ce point de vue m'a déjà beaucoup soulagé. Après j'ai eu l'expérience de l'ancienne douleur cachée sous la peur. Aujourd'hui, un an après, je prends le volant sans problème. Le monde est devenu plus grand pour plein de choses. J'ose dire ce que je pense, je ne me sens plus mal à l'aise dans les magasins et je vais au cinéma toute seule. Ce qui me paraissait complètement impossible il y a un an.
Au début j'avais peur que je ne pourrais plus voir mes parents à cause de la P.R.I.. Parce que pendant les entretiens il y a des choses désagréables du passé qui sont remontées. Quand j'étais enfant on me disait constamment que je n'étais pas capable de faire certaines choses. Mais en fait, je vois toujours mes parents, même si notre contact à changé. Dans le passé plein de choses se sont passés qui n'auraient jamais dus avoir lieu, mais je vois aussi que mes parents sont le produit de leur éducation"

"L'étape suivante est d'arrêter le comportement de défense. On commence un travail sur le comportement. Imaginez que vous vous énervez chaque fois que votre mari arrive tard le soir, l'idée c'est de ne pas s'énerver la fois suivante. Quand il rentre, vous lui dîtes `bonsoir' et vous observez quelle émotion vous avez au lieu de l'habituel énervement.
Alors on arrive à la troisième étape, la phase de régression : on admet la douleur qui se cache sous l'énervement. Au début on le fait avec l'aide d'un thérapeute et ensuite on apprend à le faire soi-même. C'est la phase de l'émotion. On revit la douleur du passé et on admet la vérité. En admettant cette douleur, en le stigmatisant de douleur ancienne et en le détachant de son mari on a déjà beaucoup avancé.
Dans la quatrième et dernière étape on a résussi à ne plus se laisser envahir par des situations symboliques – des situations qui touchent l'ancienne douleur. On est conscient de ce qui se passe, on reconnaît la douleur cachée qui appartient au passé, on la ressent et on arrive à démêler le passé du présent.
Avec la P.R.I., non seulement on ouvre « l'ancien dossier » en faisant ressentir l'ancienne douleur refoulée mais on ajoute de l'information nouvelle en disant `ceci est ancien, c'était vraiment grave mais c'est différent du présent'. On se réalise qu'au jour d'aujourd'hui on n'est plus impuissant."

Vous appelez la P.R.I. un apprentissage de la prise de conscience plutôt qu'une thérapie. Pourquoi ?

"La base de la P.R.I. est l'auto-observation et une conscience continue. L'entraînement de la conscience est une condition indispensable : la P.R.I. n'est pas possible autrement. On a besoin de cette conscience parce que nos pensées et émotions nous jouent des tours en permanence. Je suis en colère contre le voisin et je pense que le voisin en est la cause. Mais si je regarde un peu mieux, mon voisin semble être un symbole. Beaucoup de nos pensées et de nos émotions sont une illusion."

Quels sont d'après vous les lacunes des autres thérapies ?

Ingeborg Bosch Bonomo

"Différentes thérapies vous aident à choisir un autre mécanisme de défense et d'éviter l'ancienne douleur ou de la repousser plus loin. Le thérapeute va vous inciter par exemple à vous mettre en colère au lieu d'admettre le sentiment d'impuissance qui se cache derrière. Ou le thérapeute vous confirme que chaque individu est merveilleux.

Et ensuite on travaille beaucoup ces temps-ci avec `ce qui existe'. Et puis on accepte `ce qui existe'. Mais notre conscience nous joue des tours avec nos émotions et nous trompe. Nous pensons voir le présent et nous voyons le passé. C'est pour cela que nous sommes si peu soulagés de travailler avec ces émotions ou de dire qu'elles ont leur droit d'existence. Des fois les thérapies accordent de l'importance à l'ancienne douleur, mais `l'ancien fichier' sera juste ouvert et non `reformaté'. Ce qui nous avance pas beaucoup.

Une autre lacune des thérapies actuelles est d'apprendre quelques nouveaux comportements, comme être plus affirmatif ou dire ce que l'on pense, mais dès que les problèmes resurgissent, on a de nouveau besoin du thérapeute.
P.R.I. propose aux clients une méthode qu'ils apprennent à utiliser eux-mêmes, à l'aide de quelques devoirs et des entretiens. En un à deux ans, la P.R.I. peut donner la clef à tout un chacun.

`Je n'étais jamais la mère que je voulais être'
Marianne (38) a lu « Guérir les traces du passé » et elle savait tout de suite que la P.R.I. serait très importante pour elle. Deux choses l'ont interpellées : `J'étais perturbée depuis longtemps par le fait que je m'énervais contre mes enfants alors que je ne le voulais pas. Ingeborg Bosch a appelé cette colère un mécanisme de défense qu'on peut démanteler avec la P.R.I.. La deuxième chose qui m'a frappée, c'était la compréhension profonde de l'écrivain de la souffrance d'un enfant d'être totalement dépendant d'une ou deux personnes qui ne te donnent pas ce dont on a besoin. Si tes parents, dont tu as besoin pour survivre, ne sont pas toujours aussi protecteurs mais `t'agressent' de temps en temps, tu peux te sentir très seul. C'est pourquoi j'étais si mal à l'aise quand je me fâchais contre mes enfants ou quand je donnais une fessée à mon fils aîné. Malgré mes efforts, je n'étais jamais la mère que je voulais être. Malgré le nombre important de livres sur l'éducation que j'ai lu! Et je devenais très triste à cause de cette situation. Alors que je voulais que mes enfants soient contents et heureux dans la vie, je voyais que régulièrement j'étais horrible pour eux.'
Après 5 entretiens avec Ingeborg Bosch, les moments de colère ont diminué. Pendant les entretiens, Marianne a rencontré les douleurs de son passé. `Je me rappelais comment, quand j'étais enfant, je pleurais, que je voulais qu'on me console et que ma mère ne venait pas. Je sentais la douleur de l'impuissance. J'ai appris à ressentir cette douleur et de voir que ma colère fonctionnait comme un mécanisme de défense pour ne pas sentir cette douleur. Auparavant, je voulais que mes enfants satisfaisaient mes besoins. Qu'ils réagissaient comme je voulais, pour pas me sentir mal à l'aise. Maintenant, trois ans après, je n'ai plus ce poids. Je marche littéralement droite et non plus avec les épaules rentrées. Grâce à la P.R.I. je ne suis plus aussi sombre. Néanmoins, cela a été un processus de longue haleine pour rompre avec trente ans de défenses.

 

P.R.I. a été développé en 2000. Ingeborg Bosch et une vingtaine de thérapeutes (en formation ou diplômés) proposent un accompagnement en P.R.I.. Pour plus d'information: www.PRlonline.fr.
Bibliographie : Ingeborg Bosch Bonomo : Guérir les traces du passé - Editions de l'Homme (2005) Ingeborg Bosch Bonomo : Illusions - à paraître en version française en 2006.