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Interview dans le magazine SPH

Un entretien avec Ingeborg Bosch dans le magazine SPH (revue néerlandaise pour les professionnels socio pédagogiques) – octobre 2005

“Refouler la douleur nous coûte cher”

Psychologue Ingeborg Bosch présente dans ses livres une approche thérapeutique de la douleur qui ressemble plus à un apprentissage de la prise de conscience et un style de vie (way of life), qu’une thérapie. Past Reality Integration ® (P.R.I.) s’oriente vers un ressenti allégé du présent. Les différentes étapes aident le client à se libérer de ses mécanismes de défense destructifs qui le gardent prisonnier dans un combat désespéré et inconscient avec le passé. Piet Winkelaar l’a rencontré.

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Ingeborg Bosch Bonomo
'j‘on peut progressivement
limiter l’influence destructive du passé’

Vous écrivez qu’il s’agit de se libérer du poids des mécanismes de défense que nous avons construits contre les anciennes douleurs refoulées, parce que ces mécanismes nous alourdissent la vie et provoquent un comportement destructif. Comment annuler ce passé ?

Pour commencer il faut bien se dire qu’on ne peut pas annuler le passé. C’est une interprétation erronée dans de nombreuses approches thérapeutiques. En plus, ce n’est pas nécessaire parce que c’est passé. Ce que nous pouvons faire, c’est progressivement limiter l’influence destructive du passé. Ce n’est pas facile et le chemin n’est pas toujours le plus court. Pour y arriver, on accorde dans mon approche autant d’attention à l’action (le comportement), qu’à la pensée (la cognition), qu’à toutes sortes d’émotions.

Votre approche ne concerne donc pas seulement la parole et la pensée. Vous approchez un mécanisme de défense dans le présent non seulement par la cognition, mais aussi par les émotions et le comportement ?

Exactement. La Past Reality Integration® s’est développé par une synergie d’approches qui m’ont marquées : les philosophies orientales, particulièrement le Bouddhisme-Zen, où l’auto-observation et la nature illusoire de nos perceptions jouent un rôle important, mais aussi les principes de comportement et de conditionnement du behaviorisme ainsi que les techniques de régression comme la thérapie primale de Janov et la variante développée par Jenson. Ensuite je suis formée par l’approche d’Alice Miller au sujet des besoins émotionnels des enfants et l’effet destructif de ce qu’on appelle dans notre civilisation occidentale ‘une éducation normale’. Je vois également un lien très clair avec les développements récents de la neurologie, où il est apparu évident que le ‘cerveau émotionnel’ n’est quasiment pas influençable par des messages rationnels.

Vous pensez que nous refoulons la douleur et le chagrin que nous vivons au présent, surtout parce que nous l’avons déjà fait dans le passé ?

A mon idée nous n’acceptons pas une douleur nouvelle quand elle touche à une douleur ancienne refoulée, parce que l’ensemble est extrêmement chargé. Ce phénomène fait qu’il est très menaçant de ressentir une douleur au présent. En général, nous ne sommes pas au courant de ce mécanisme. La seule chose que nous ressentons est l’envie d’éviter, autant que possible, toutes les sensations douloureuses.

CHANGER LE PASSE N’EST PAS SEULEMENT IMPOSSIBLE, CE N’EST PLUS NECESSAIRE, PARCE QUE C’EST PASSE ET NOUS L’AVONS SURVECU

Je le vois comme un système immunitaire psychique que les enfants possèdent à leur naissance et qui est nécessaire pour survivre notre petite enfance où des besoins basiques ne sont pas comblés. Mais à l’age adulte ce même mécanisme est devenu plus destructif que salvateur. Et c’est là où le bât blesse. Nous continuons de vivre avec cet inutile mécanisme de survie et souvent sans s’en rendre compte.

C’est la raison pour laquelle souvent dans notre société la douleur est combattue et refoulée ? Que c’est une sorte de tabou d’accepter la douleur ?

Ces mécanismes de survie sont pareils pour tout le monde – à mon avis aucun enfant reçoit ce dont il a réellement besoin – et deviennent collectifs, ainsi on peut effectivement parler d’un tabou sur différents sentiments, surtout des émotions liées à la fragilité, le fait d’être petit et la douleur qui va avec. Ces sentiments ne sont pas acceptés dans notre culture occidentale et surtout pas dans les milieus intellectuels. De cette façon nous sécurisons de façon collective que la douleur ancienne de tout un chacun reste refoulée. Inconsciemment chacun se protège contre la vérité du petit enfant dépendant, délaissé et fragile que nous avons tous été.

Et c’est pas bien ?

Si on constate quel prix nous payons individuellement et collectivement, je ne pense pas qu’on peut parler d’une bonne affaire. Pensez notamment à l’envol de l’utilisation des psychotropes ou l’abus d’alcool et de drogues. Ce sont des exemples pour combattre la douleur et le malaise. Avec des conséquences graves.

Est-ce que vous pouvez en dire plus sur ces conséquences graves ?

Les conséquences de l’abus d’alcool et de drogues me paraissent évidents. Mais les psychotropes ne sont pas plus que des oppresseurs temporaires de douleur et de malaise. En fin de compte, ils nous offrent même pas de vrai soulagement, ou pire encore, ils nous éloignent de nos vrais sentiments et leur origine.
Les notions de détachement, de solitude, d’agression sont très présentes dans nos vies. Ensuite il est très important de se réaliser que le combat contre notre propre douleur nous met dans l’impossibilité de ressentir ce dont nos enfants ont réellement besoin. Si nous ne pouvons pas le ressentir parce que nous refoulons notre propre histoire douloureuse, nous ne pouvons pas donner à nos enfants ce dont ils ont besoin, malgré que nous pensons que nous les aimons beaucoup. Et on boucle la boucle. Pour survivre, nos enfants refoulent la douleur en développant des mécanismes de défense qui deviendront destructifs et causent plus de mal que nécessaire.

Dans votre premier livre vous écrivez que si on est facilement en colère ou énervé, ce sont des conséquences néfastes de la négation ou du refoulement d’une douleur ancienne.

Oui, et cela est provoqué par la confrontation avec un symbole de cette douleur refoulée. Ce symbole fait remonter l’ancienne douleur, mais au lieu de la ressentir, il y a une défense qui se met en place, par exemple sous forme de colère ou d’agacement. Chaque fois que nous nous disons que d’être en colère ou énervé est une manière saine de confronter une situation, nous sommes en fait en train de renforcer notre mur de déni. Et plus le mur sera épais, plus il nous sera difficile de guérir. Si nous nous permettons d’être en colère contre un symbole dans le présent ou contre des personnes dans le passé, nous obstruons la voie de la guérison. La colère cache les vrais sentiments qu’on devrait laisser remonter.

Mais il ne me parait pas facile de se confronter avec ce qu’on vit ou ce qu’on a vécu : l’assassinat de sa famille, un accident qui nous a rendu handicapé pour le reste de notre vie, la mort de ses enfants. Des fois on a l’impression d’avoir à choisir entre deux maux : plutôt prendre des psychotropes qu’affronter la vérité.

Vous mentionnez des exemples d’évènements traumatiques dans le PRESENT. Mais moi je parle de ce qui se passe dans au moins 97% des cas dans notre société privilégiée occidentale, c’est que nous refoulons les évènements douloureux de notre passé.
Nous n’admettons pas la douleur ancienne, nous évitons de voir notre histoire émotionnelle.
Il n’empêche pas que des psychotropes peuvent avoir un rôle pour aider à mieux vivre les douleurs du présent. Mais, comme je l’ai déjà dit, ils sont souvent pas plus qu’un soulagement temporaire pour éloigner une personne de ses émotions : un état d’être qui n’est pas franchement agréable.

Est-ce qu’il est nécessaire, comme préconise Janov et sa ‘douleur primale’ de revivre la douleur refoulée du passé afin de pouvoir accepter la douleur et le chagrin ?

Je ne crois pas que l’on puisse revivre une douleur, puisque ceci impliquerait que nous l’avons déjà vécu. Nous avons justement du refouler la douleur et l’admettre voudrait dire que nous la vivons pour la première fois. Je pense qu’il est nécessaire de ressentir que le fait d’admettre cette douleur, que nous avons porté en nous toute notre vie, ne nous fait pas de mal et de se rendre compte que cette douleur vient d’un lointain passé. Ainsi cette douleur, qui est très grande, sera moins menaçant et nous serons capable d’être ouvert à ce qui se présente sur notre chemin.

Le passé est un élément important de son identité. Cela me semble pas facile de vouloir en changer une partie. C’est comme si on rendait une partie de son identité.

Changer le passé n’est pas seulement impossible, nous n’avons pas besoin de le faire parce que c’est le passé et nous l’avons survécu. Mais la crainte de ‘se perdre’ ou de perdre ‘son identité’ est souvent ressentie chez les personnes qui sont au début d’un processus de P.R.I.. Ce phénomène indique une angoisse provoquée par l’admission de ces anciennes émotions: ‘je vais beaucoup perdre, moi-même, mon sens, mon identité, ma vie’ etc. Tout ceci n’a en effet pas lieu et il est ‘seulement’ question d’une libération, la perte de nombreuses illusions qui avaient des conséquences désastreuses pour notre vie quotidienne et dans lesquelles on était emprisonné sans le savoir.

Est-ce que c’est possible de garder en nous notre histoire sous une forme honnête? Ce n’est pas plutôt que notre histoire personnelle change en permanence, et qu’il faut la re-écrire à chaque fois, parce que, comme le présent change, l’image que nous avons de notre passé change également ?

C’est sans doute vrai d’un point de vue philosophique. Je ne m’exprimerai pas à ce sujet. Par contre, je vois dans la réalité que des souvenirs conscients – des faits dont on se souvient – sont facilement influençable et peuvent ainsi être transformés. On dit par exemple qu’avec le temps le passé nous semble de plus en plus joli : ‘c’était mieux avant’. Ce n’est évidemment pas vrai. Mais cela montre qu’on ne peut pas faire confiance à la mémoire consciente – également appelé la mémoire explicite. En P.R.I. nous ne travaillons pas avec cette mémoire consciente. Nous ne parlons pas du passé, parce que nous aurions accès uniquement à notre mémoire consciente défaillante, où en plus nous n’allons pas retrouver l’ancienne douleur refoulée. A l’opposé se trouve la mémoire implicite, la mémoire qui, selon mon expérience, raconte sans faille la vérité émotionnelle de l’enfant que nous étions. La vérité émotionnelle est stocké dans notre corps et se manifeste codée dans nos actions, pensées et émotions.
P.R.I. donne la clef afin de décoder cette vérité et avoir accès à ce qui est stocké dans la mémoire implicite. Ensuite on peut expliquer ce qui se passe (admettre et nommer ce qui était refoulé), pour libérer la douleur émotionnelle et détacher les défenses du présent pour les relier avec leur vraie origine - le passé. Le résultat est que nous pouvons enfin vivre le présent pour ce qu’il est réellement : souvent étonnamment léger.

Est-ce que vous avez des conseils pour les thérapeutes socio pédagogiques qui sont appelés à aider des personnes dans des situations souvent très difficiles?

Essayer d’être clair et lucide sur ses propres défenses et la douleur ancienne qui est cachée derrière. Si on ne l’est pas, on court le risque que la douleur et le chagrin de l’autre touchent notre propre douleur refoulée, avec comme conséquence qu’on cherche à donner de l’aide en partant de ses propres défenses au lieu d’être libre dans ses actions. Pour un thérapeute la limite est fragile avant de basculer dans une ‘charité’ inconsciente ou de s’épuiser complètement. Et le client reçoit souvent plus que nécessaire une ‘aide’ insuffisante qui renforce ses défenses.
 

Pour plus d’informations : www.PRIonline.fr

Ingeborg Bosch organise une formation professionnelle pour thérapeutes sur 3 ans : plus de renseignements sur le site internet.

Littérature :
Ingeborg Bosch Bonomo : Guérir les traces du passé – Editions de l’Homme (2005)