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Interview Réel

paru dans le n° 101 (mars 2007) de Réel - mensuel de psychologie et écologie de vie www.journalreel.info

Entre Orient et Occident, la P.R.I. [Past Reality Intégration]

La P.R.I. (Past Reality Intégration) arrive en France. Cette thérapie réunit des concepts occidentaux et orientaux. C'est ainsi qu'elle n'hésite pas à intégrer le comportementalisme et encourage les patients à revivre les situations angoissantes en toute conscience de leur présent et de leur passé. La vie devient alors méditative car l'observation et active par l'encouragement à dépasser ses problèmes émotionnels et habitudes de comportement. Elle est porteuse d'espérance. Rencontre avec son fondateur et fer de lance, Ingeborg Bosch.

Réel, Propos recueillis par Georges Didier

Vous dîtes qu'il existe cinq défenses spécifiques dont la défense primaire. La défense primaire cache-telle une douleur plus profonde ?
Foto Réel - Ingeborg Bosch BonomoDans beaucoup de thérapies on réussit à enlever les couches défensives qui sont à la surface, mais après ce travail le patient se trouve souvent encore dans une défense primaire qui maintient un état de dépression. Cette défense cache effectivement une douleur beaucoup plus profonde.

Pouvez-vous donner un exemple ?
La dépression, pour moi, est totalement liée à ce que j'appelle la défense primaire.

Qu'est-ce qui est caché derrière une dépression ?
Derrière la dépression se cachent d'anciennes douleurs qui ont été refoulées. Je vais aider alors le patient à trouver ce qu'il y a derrière cette terrible impression de n'avoir plus aucune valeur. Les grands dépressifs ne ressentent plus rien du tout. Je vais les aider à trouver la douleur de l'enfant qu'ils étaient et qui est cachée derrière la défense primaire. Quand ils arrivent à s'ouvrir à cette douleur, cela va donner un mouvement émotionnel et, en quelque sorte, enlever cette grosse couverture de gris.

Ce que vous dites là, la psychanalyse le dit aussi. En quoi la P.R.I. (Past Reality Intégration) est-elle novatrice?
La P.R.I. réunit d'une façon très particulière plusieurs concepts occidentaux de thérapie. Par exemple, s'exposer aux situations et aux émotions que l'on aimerait bien éviter. Je travaille aussi sur le conditionnement. Dans notre comportement, il y a des aspects à déconditionner.

La psychanalyse ne fait-elle pas cela aussi ?
En psychanalyse on parle des choses mais on ne va pas jusqu'au cœur de l'expérience de la douleur de l'enfant. Dans la P.R.I., on fait vraiment une régression, on redevient le petit enfant que l'on était émotionnellement. On va chercher les images, les odeurs, on sent les choses, on voit nos parents quand ils étaient jeunes. Les psychanalystes avec lesquels j'ai travaillé m'ont dit que la régression que l'on fait avec la P.R.I. est une expérience différente de ce qu'ils font.

Qu'apportez-vous donc de plus ?
Nous réunissons les concepts occidentaux et orientaux. Quand on se sent inférieur, on n'ose plus donner son avis, on reste enfermé sur soi-même et on mène une petite vie. Par le comportementalisme je vais aider les gens à changer ce comportement défensif, mais pas seulement comme on le fait dans une thérapie comportementaliste.

Est-ce cela que vous appelez le "renversement des défenses" ?
Photo Réel - J'ai fait une dépression...Le but n'est pas de renverser le comportement pour un autre qui serait plus efficace. Dans la P.R.I., il s'agit de renverser les défenses pour arriver à ce point précis qui est caché derrière. Par exemple, avec quelqu'un qui se cache toute la journée derrière la télévision, le renversement de la défense primaire, c'est de sortir dehors en regardant ce que cela va lui apporter. Cela peut provoquer une grande peur et il peut être angoissé de voir des gens parce qu'il pense que tout le monde le regarde et pense qu'il a l'air fou et qu'il n'a rien à dire.
Cela est déjà plus proche de l'ancienne douleur puisqu'il ressent sa peur. Ensuite, l'idée est de ressentir pourquoi il pense que les gens ont un regard particulier sur lui. La phase suivante consiste à l'aider à accéder à cette ancienne douleur pour trouver la véritable origine de sa peur.

J'ai eu un patient qui souffrait de nombreuses peurs dont, entre autres, celle de faire ses courses. Je lui ai demandé ce qui se passait quand il rentrait dans un supermarché et qu'il était au milieu d'un rayon. Il m'a dit qu'il était envahi par une immense peur et qu'il ne pensait qu'à se sauver. Je lui ai demandé de fermer les yeux et d'imaginer qu'il se trouvait dans cette situation et ce qu'il voyait. Il m'a dit qu'il voyait beaucoup de produits de toutes les couleurs. Je lui ai alors demandé de me dire ce qui pouvait se passer, même si cela ne lui semblait pas rationnel du tout. Il m'a dit alors qu'il avait l'impression que tous ces produits allaient lui tomber dessus et l'attaquer. Je lui ai demandé de laisser cette image se développer et tout à coup il a crié et m'a dit qu'il ne pouvait plus bouger parce qu'il avait l'impression d'être attaché au niveau des hanches et tout d'un coup il voyait l'image de sa mère qui le frappait, ce qui a provoqué une terrible crise de larmes. Après cette expérience, il était bouleversé parce que cette régression lui a montré que derrière toutes ses douleurs il y avait ce même thème.
Par exemple, il avait peur de traverser un pont parce qu'il avait peur d'être coincé au milieu et de ne pas pouvoir partir. Il avait peur de rentrer dans un restaurant parce qu'il avait peur d'être coincé par les gens qui s'y trouvaient. Il avait peur d'aller au centre ville parce qu'il avait peur de ne pas pouvoir en sortir. C'était toujours la même peur d'être coincé quelque part, d'être maltraité et de ne pas pouvoir en sortir. Le thème de la phase de régression était clair pour lui

Nous sommes habitués à dire que nous sommes comme cela parce que c'est dans nos gènes ou que cela vient de nos parents et que nous sommes identifiés avec notre propre personnalité. En fait, tout cela est une défense et une illusion.

C'est intéressant de trouver l'origine de ses peurs, mais ce n'est pas suffisant pour nous aider à guérir. Dès le lendemain, le patient s'est exposé à des situations qui étaient très dures pour lui. Il est allé dans un café, en s'imaginant auparavant ce qui pouvait arriver de pire. Il s'est imaginé coincé au bar avec des gens qui l'empêchaient de s'en aller. Il a pu retourner dans son passé et il est redevenu le petit garçon qui était réellement attaché à son lit. Entre 5 et 8 ans, sa mère l'attachait tous les soirs dans son lit avec une petite sangle parce qu'elle avait peur qu'il s'étouffe avec les couvertures. Il est remonté à la vraie cause de ses peurs qui remontait à 40 ans. Dans le bar, il est allé à l'endroit qui lui faisait le plus peur, au centre du bar et il a repensé à la situation quand il était enfant. Il a regardé autour de lui et s'est senti très bien, en réalisant qu'il n'y avait pas de danger et que c'était même plutôt agréable d'être là.

Quel lien faites vous entre la P.R.I. et les concepts orientaux ?
La base de la P.R.I. c'est l'auto-observation. Le travail de la P.R.I. commence avec l'auto-observation pour prendre conscience que l'on se trouve dans une défense. Nous sommes habitués à dire que nous sommes comme cela parce que c'est dans nos gènes ou que cela vient de nos parents et que nous sommes identifiés avec notre propre personnalité. En fait, tout cela est une défense et une illusion. On peut reconnaître cette défense par une auto-observation très minutieuse de tous les jours. Pendant la première phase de la thérapie, le patient note tous les jours quand il se trouve dans une situation qui a activé une des cinq défenses et fait chaque soir un bref résumé de ce qu'il a noté. Ensuite il essaie de déterminer le symbole qui a déclenché la défense. Dans notre exemple de tout à l'heure, notre homme dans un supermarché, les produits sur les rayons représentent le symbole.
Ensuite, le patient doit noter le niveau de réaction qu'il a eu. Il y a trois niveaux de réaction. Le premier, c'est lorsque l'on va tout de suite dans la défense ou 'évitement. Après quelque temps on commence à reconnaître ses défenses. Le deuxième c'est lorsque l'on peut renverser ses défenses pour aller vers son ancienne douleur.

Ce que je vois est ma perception personnelle de ce qui est vrai.

Photo Réel - J'étais otage de moi même!A la fin de la thérapie, la P.R.I. devient plutôt un mode de vie et le patient n'a pratiquement que des réactions de niveau trois, c'est-à-dire qu'il va tout de suite vers ses anciennes douleurs et reconnaît qu'aujourd'hui, il n'a plus besoin de défense. Le patient va pouvoir vivre le présent dans son étonnante légèreté. C'est avec notre corps que l'on peut ressentir que quelque chose nous a touché. En début de thérapie, les patients réagissent davantage avec leur tête, mais la P.R.I. les entraîne à réagir avec leur corps. L'observation très détaillée est un instrument qui entraîne tous les jours les gens à installer un observateur intérieur. Cela leur permet de savoir automatiquement comment ils vont : s'il y a une tension, cela veut dire qu'on a été touché par un symbole, et en conséquence s'il y a une défense qui veut se mettre en place ou pas. Si l'on ne s'est pas entraîné pour avoir cet observateur en permanence, on ne peut pas faire ce travail, parce que, même si l'on arrive à reconnaître ses grands symboles, il se peut qu'on ne soit pas conscient des petites choses qui peuvent également saboter profondément notre vie. Il s'agit d'être conscient à chaque seconde.

Un des concepts orientaux, c'est le concept de l'illusion. Je pense que notre perception de ce qui est autour de nous est un miroir de ce qui est en nous. J'explique à mes patients que s'ils regardent bien autour d'eux, ils peuvent découvrir leur vie intérieure, parce que la perception de ce qui est autour de nous est un reflet parfait de cet état intérieur. L'illusion, c'est de croire que ce que je vois soit vrai. A l'inverse, je dirais que ce que je vois est ma perception personnelle de ce qui est vrai. C'est souvent un reflet de cette ancienne réalité qui a été refoulé.

Nous ne sommes pas dans une relation où le thérapeute est supposé tout savoir, mais dans une relation d'égalité.

Par exemple, lorsque j'habitais encore en Hollande, j'avais un jardin avec des grandes plantes. Sur trois patientes qui sont venues me voir, la première m'a dit : "Tu dois être une femme libre, tu as des plantes qui poussent partout et dans tous les sens". La deuxième m'a dit : "Ecoute, tes plantes, ça ne va pas du tout, elles envahissent tout et on ne peut même pas passer". La troisième, une patiente qui avait de très gros problèmes, m'a dit : "Tu as plein de plantes et des petits chemins qui partent dans tous les sens et je me demande ce qui peut bien se cacher derrière". Cet exemple montre bien comment notre perception des choses dépend de notre vie intérieure. Le principe des illusions, ce que j'appelle le mur des défenses, est très proche du concept bouddhiste de l'ego. Le bouddhisme dit qu'il faut laisser mourir l'ego.
Moi, je dis qu'il faut démanteler les défenses. Je ne suis pas d'accord avec Freud qui dit que les défenses sont nécessaires pour survivre. Je pense que les défenses sont la cause de notre souffrance et qu'elles gâchent notre vie et celle des gens qui nous aiment. Je pense qu'elles sont très destructrices, mais nous sommes tellement identifiés à elles que nous pensons que nous ne pouvons pas vivre sans. C'est pas facile d'aller plus loin, mais on peut le faire.

La P.R.I. serait donc la quête d'une rencontre avec un sol-même qui serait "dessaisi" ?
Nous sommes les otages de nous-mêmes. Dans l'exemple de l'homme au supermarché, il savait bien qu'il n'y avait pas vraiment de danger mais tout son corps lui disait le contraire.

La P.R.I. c'est donc de lâcher ses "saisis" ?
C'est démanteler la grande illusion dans laquelle nous vivons presque à chaque instant de notre vie. C'est un défi, parce que cela ne nous envahit pas de temps en temps mais pratiquement tout le temps.

Cela se passe comment ?
Photo Réel - J'y crois pas a ce truc de renversement des dèfensesEn 4 phases. La première est d'aider le patient à reconnaître ses défenses personnelles. Dans la deuxième phase, je vais l'aider à renverser les défenses. Chaque défense a une façon spécifique d'être renversée. Tout cela va prendre du temps. La P.R.I. se déroule sur plusieurs mois et elle devient un mode de vie. C'est un instrument qui rend indépendant du thérapeute parce qu'avec le temps on peut l'utiliser tout seul. Pour vraiment comprendre son déroulement et être capable de bien l'utiliser soi-même, il faut en moyenne 35 séances, à raison d'une par semaine ou par quinzaine, selon les personnes

Dans la troisième phase, lorsque le patient arrive à reconnaître ses défenses et les renverser je vais l'aider à faire une régression pour trouver la cause. Le but est de lui apprendre à trouver lui-même la cause de ses peurs. Chaque phase de la P.R.I. a pour but d'aider le patient à faire les choses lui-même.

Dans la quatrième phase, à partir du moment où le patient a compris ce qu'il ressent et ce qui le touche, il reste avec mais il est capable de fonctionner sans être bouleversé par ses émotions ni aller dans un mode défensif. Lorsque le patient en est arrivé là, on peut terminer la thérapie et cela devient un mode de vie, une façon de fonctionner et de vivre avec sa conscience d'adulte tous les jours.

Six mois après, je revois mes patients pour voir s'ils réussissent à bien utiliser la P.R.I. et les choses se sont toujours améliorées parce qu'il maîtrisent davantage la méthode.

Pourquoi voulez-vous que le patient maîtrise la P.R.I. lui-même ?
La P.R.I. est une thérapie qui est complètement transparente, du début à la fin. C'est-à-dire que le patient sait exactement ce que le thérapeute est en train de faire. Nous ne sommes pas dans une relation où le thérapeute est supposé tout savoir, mais dans une relation d'égalité. Tout le monde a un passé refoulé. Il s'agit de donner un instrument au patient pour qu'il puisse l'utiliser tout seul.

Que pensez-vous des autres thérapies ?
J'accompagne beaucoup de différents thérapeutes, psychologues, psychothérapeutes, psychanalystes dont la plupart ont une solide expérience professionnelle. Avec la P.R.I. c'est la première fois qu'ils réussissent à voir les mécanismes des défenses de base dans presque tous les éléments de leur vie. Pour moi, c'est toujours étonnant de faire cette constatation J'ai découvert qu'au bout d'un moment dans beaucoup de thérapies on s'arrête quelque part et il y a une couche qui reste cachée. C'est une identité de base qui sert en tant que défense et qui est exposée quand on fait ce travail de P.R.I. Cela donne un résultat vraiment étonnant. C'est une vraie motivation pour moi.

I y avait une femme de 40 ans qui souffrait d'une phobie de conduire depuis 20 ans. Deux semaines après son permis de conduire, elle avait eu un petit accident et ensuite elle avait toujours refusé de reprendre le volant. Elle est venue me voir pour un autre problème. J'avais noté que c'était toujours son mari qui la conduisait chez moi. Elle m'a dit qu'elle avait déjà essayé de nombreuses méthodes pour faire passer sa peur de conduire mais que rien ne marchait et qu'elle avait accepté le fait de ne jamais reconduire. Je lui ai fait comprendre (première phase) qu'elle avait activé une défense primaire et qu'elle s'était créé un déni du besoin de conduire. Ensuite, sans insister sur ses défenses, je l'ai aidée à trouver le symbole. Je lui ai demandé ce qui était le plus difficile quand elle s'imaginait au volant d'une voiture.
En fermant les yeux, elle s'est mise en situation et m'a dit qu'elle avait très peur des autres automobilistes. Je l'ai aidée à reconnaître que ce n'était pas d'elle qu'elle avait peur mais qu'elle avait peur des autres. Je lui ai demandé ce qui la terrorisait le plus et elle a reconnu que c'était la peur que les voitures derrière elle lui rentrent dedans. Elle voyait la voiture derrière elle dans le rétroviseur, avec un conducteur très en colère qui faisait des grands gestes et elle avait très peur de le gêner. Je lui ai demandé de vraiment ressentir ce qui se passait. Elle a régressé jusqu'à voir spontanément le visage de son père, alors qu'elle était toute petite et qu'elle jouait par terre. Il est arrivé derrière elle et lui a donné un coup de pied. Elle a eu, bien sûr, très mal et très peur. Le pire pour elle, c'est que sa mère n'a rien fait.
En revoyant tout cela, elle a compris que le problème n'était pas qu'elle se sentait nulle en voiture, c'était une illusion. Le symbole (le fait de conduire et d'avoir quelqu'une derrière qui se met très en colère contre elle) était le reflet d'une ancienne réalité. Après cette étape, je lui ai fait un schéma très précis pour reprendre sa voiture petit à petit, d'abord trois fois par semaine, puis tous les jours, d'abord 1/2 heure, puis une heure, puis de plus en plus loin, etc.... Au bout de trois mois, elle n'avait plus aucune inhibition. Aujourd'hui, trois ans après, elle fait des voyages à l'étranger et elle est totalement indépendante avec sa voiture. Pour elle, c'est une véritable révolution dans sa vie.

Réel - mensuel de psychologie et écologie de vie

Bibliographie :
Guérir les traces du passé : En quête de l'harmonie émotionnelle au présent Editions de l'Homme - Octobre 2005
Illusions : Se libérer du labyrinthe des émotions destructrices Traduction française prévue courant 2007

Psychologue néerlandaise, Ingeborg Bosch
(1960) est installée en France depuis 2005. Ses deux premiers livres développent en détail la Past Reality Intégration (P.R.I. ou 'intégration de la réalité passée'), Des études sont en cours afin d'évaluer les résultats de la P.R.I. à moyen et à long terme.
La P.R.I. intègre des notions de thérapies occidentales (cognitive, comportementale et psychanalytique) et des concepts orientaux (Krishnamurti, Boudhisme-Zen). La méthode se veut transparente, limitée dans le temps et sur la base d'équité entre le thérapeute et le client. Elle écrit actuellement son troisième livre sur la P.R.I. et l'éducation : "Les Prisonniers Innocents".