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PRI et l'éducation des enfants

Ressentir les besoins de son enfant

Photo AD - Une éducatrice lit des histoires dans une crèche.Malgré nos meilleures intentions nous passons à côté des besoins réels de nos enfants. Même dans les premières années, qui sont si déterminantes pour leur stabilité émotionnelle, plus tard. Comment est-ce possible et que peut-on y faire ? Psychologue Ingeborg Bosch Bonomo l’explique dans son nouveau livre.

Article paru dans le quotidien AD le 9 janvier 2008.
Texte: Helga Kormos Photo: ANP/Ruud Hoff
Photo d'archives ANP/RUUD HOFF

Une éducatrice lit des histoires dans une crèche. Amener les enfants trop tôt à la crèche crée des tensions, selon Bosch.

Laisser le bébé pleurer ou aller le chercher? L’amener à la crèche ou le garder à la maison ?
C’est ce genre de questions qui préoccupent beaucoup les jeunes parents et pour lesquelles souvent il faut se débrouiller tout seul pour trouver les réponses dans la multitude d’informations qui existent sur le sujet.

Alors que, selon la psychologue Ingeborg Bosch Bonomo, il existe des informations fiables et objectives dont on peut déduire des lignes de conduite. Seulement, ces données sont souvent cachées dans des revues scientifiques parfois difficilement accessible pour les non-initiés.

Transmettre ces connaissances aux parents et professionnels qui travaillent avec les tout-petits, Ingeborg Bosch Bonomo le voit comme sa responsabilité. C’est une des raisons qui l’ont amené à écrire son nouveau livre * sur l’éducation des enfants.

On doit savoir, selon l’auteur, que le cerveau du bébé est extrêmement sensible à tout ce que vit l’enfant pendant la période pré- et postnatale. Des expériences négatives occasionnent la fabrication d’un trop grand nombre d’hormones de stress qui endommagent ce petit cerveau en formation, avec des séquelles lourdes de conséquences pour la stabilité ultérieure de l’enfant.

Ce serait une erreur de croire que ce stress concerne uniquement la maltraitance ou les grands évènements traumatiques. Des expériences négatives relativement moins graves mais plus courantes peuvent occasionner beaucoup de tensions. Par exemple si les parents amènent l’enfant trop tôt ou trop souvent à la crèche, le laissent pleurer jusqu’à l’heure du repas, le négligent alors qu’il a peur et besoin de consolation. ‘Ce qui importe, dit Bosch Bonomo, c’est que le petit enfant est complètement seul avec ses émotions, qu’il n’y a personne pour l’aider, le consoler ou le rassurer. C’est cela qui cause le plus de stress.’

Ingeborg Bosch Bonomo ne veut d’ailleurs pas du tout accuser les parents, mais au contraire les sensibiliser à tout ce qui se passe dans la vie de leur enfant. C’est d’une importance cruciale que les mères et les pères soient le plus souvent possible présents pour leur jeune enfant et réagissent de façon adéquate à ses signaux. Ainsi, l’enfant se sent en sécurité et il sait qu’il y a toujours quelqu’un qui peut satisfaire ses besoins : c’est la condition de base pour un attachement en sécurité et pour un bon développement par la suite. Ceci a été prouvé par une recherche scientifique américaine sur le taux d’hormones de stress. Plus la réaction des mères aux signaux de leurs enfants était adéquate, meilleur était leur attachement en sécurité et avec un taux de stress plus bas.

Que personne ne l’aide, le console ou le rassure, c’est cela qui occasionne le plus de stress.

Mais Bosch Bonomo avait d’autres motifs pour écrire ce livre. Nous nions tous les manquements dans ce que nous appelons ‘une bonne éducation’. Regardez par exemple le nombre élevé d’adultes souffrant d’angoisses, de dépressions, de dépendances etc. Des problèmes qui, selon Bosch Bonomo, ‘ont presque toujours leur cause dans l’enfance’. Alors que les parents ne voulaient en général que du bien pour leurs enfants.

Elle considère comme ‘un mythe persistant qu’en tant que parents nous sachions instinctivement comment se comporter en père ou mère’. L’éducation – ou comme le préfère Bosch Bonomo : l’accompagnement des enfants vers la maturité – n’est pas une sinécure. ‘Nous avons besoin d’un diplôme pour presque tout dans la vie, pour autant il n’y a pas de conditions préalables ou de formation pour avoir et éduquer des enfants’.

Il n’est pas étonnant que Bosch Bonomo insiste sur le fait que des couples désirant un enfant réalisent d’où vient ce désir et réfléchissent sur les conséquences de devenir parents etc. Que les futurs parents se préparent profondément à la venue de l’enfant, physiquement aussi. ‘L’éducation est un sport de haut niveau, surtout les premières années et encore plus si on a un passé chargé. La prévention est tellement préférable au fait d’avoir à guérir par la suite.’

Bosch Bonomo a décrit sa vision de l’éducation en détail et avec beaucoup de passion. Les parents et toutes les personnes s’occupant des enfants et qui n’ont pas peur de ces 400 intenses pages, vont pouvoir en profiter. Ce qui est également valable pour les politiciens et autres décideurs, parce que l’auteur s’adresse à eux en détail dans le dernier chapitre. Un grand nombre de propositions expliquent comment on pourra mieux organiser les choses pour les familles aux Pays-Bas. Les parents ne peuvent pas tout faire tout seul, n’est-ce pas, surtout pas s’ils sont censés combiner leur travail avec les soins aux enfants. La société devrait leur proposer plus d’espace et d’aide pour exécuter au mieux leur tâche.

 

‘Essaie de ressentir que ton enfant a besoin d’être compris et consolé et non pas grondé ou puni’

 

Ce que le lecteur ne trouvera pas dans ce livre, ce sont des conseils détaillés pour toutes sortes de situations dans l’éducation. ‘Ça ne marche pas’, selon Bosch Bonomo. C’est beaucoup plus efficace si les parents développent ‘une boussole intérieure’ qui les guidera. Ils n’ont ainsi pas besoin de se tourner vers des conseils professionnels ou – inconsciemment – répéter l’éducation reçue de leurs propres parents.

Parce que tant que nous portons notre ‘propre bagage’, c’est ce qui risque d’arriver inévitablement selon Bosch Bonomo : les expériences négatives que nous avons dû refouler en tant qu’enfant pour ne pas sentir la douleur. Ce mécanisme de survie d’autrefois, fait en sorte que nous sommes comme à moitié blindés dans le présent. Bosch Bonomo : ‘la plupart des douleurs et besoins de nos enfants nous échappent. Notre bagage empêche notre empathie.’

Un exemple du livre illustre ce phénomène : une mère qu’on avait sanctionné en tant que petite fille quand elle faisait pipi dans sa culotte, a un comportement sévère avec sa propre fille. Elle n’est toujours pas propre à 4 ans. La mère ne voit pas la peur de l’enfant quand elle la gronde après un ‘petit accident’. L’explication est qu’elle a dû refouler l’angoisse et le désespoir de son enfance.

Comment se débarrasser de ce poids ?

'Il faut devenir conscient des mécanismes de survie destructeurs que nous employons pour ne pas sentir la douleur ancienne ancrée dans notre corps.’, dit Bosch Bonomo. Elle a développé une méthode pour y arriver, la Past Reality Integration, la PRI**, l’intégration de la réalité passée. Cette méthode aide à affronter notre propre enfance et surtout à sentir ce que c’est d’être si petit, dépendant et de ne pas recevoir ce dont on a besoin.

La moitié de la douleur et des besoins de nos propres enfants nous échappe.

Vivre ce processus, n’aura pas seulement comme conséquence d’être plus équilibré dans la vie. Selon Bosch Bonomo, c’est une condition sine qua non afin de ressentir très clairement les réels besoins de son enfant. Ce n’est pas toujours facile. Les vrais besoins d’un enfant sont souvent cachés. ‘Souvent les enfants manquent de mots pour s’exprimer suffisamment. Et à ces moments, il est très important de pouvoir ressentir que l’enfant rebelle ou au contraire en retrait, a besoin de compréhension et de soutien au lieu d’être grondé et puni.

Est-ce que cela implique que Bosch Bonomo veut qu’on accorde tout à l’enfant ?

Loin de là. Dans son livre elle indique les besoins des enfants mais aussi les moments où les parents doivent jouer un rôle dirigeant. Chaque enfant a besoin que quelqu’un le guide, le protège du danger, surveille sa santé et lui apprenne à ne pas faire du mal aux autres. ‘Agir avec clarté et fermeté mais avec compréhension, explique Bosch Bonomo, sans être fâché, sans reprocher, sans crier et sans bousculer l’enfant. Sinon, nous lui apprenons à avoir peur de nous.’

Un plaidoyer

Plus de place pour les parents.
Dans son nouveau livre « le prisonnier innocent » la psychologue Ingeborg Bosch Bonomo plaide pour de meilleurs et plus nombreux facilités pour les parents. Ces moyens consisteraient par exemple en un congé maternité et parental plus longue, du travail partiel jusqu’après la puberté des enfants, une rémunération père/mère, des formations parentales et bien d’autres choses. On ne devrait pas amener les enfants à la crèche avant l’âge de 2,5 ou 3 ans. A cet âge seulement les enfants sont capables de jouer ensemble. La durée hebdomadaire à la crèche ne devrait pas dépasser quelques demi-journées. La plupart des tout-petits viennent deux jours par semaine à la crèche, selon le NJI (l’Institut néerlandais pour la Jeunesse). Tout comme Bosch Bonomo, le NJI plaide pour qu’on retrouve toujours les mêmes éducatrices (et les mêmes enfants), parce que cela rassure les enfants. * Le prisonnier innocent, Ingeborg Bosch Bonomo, paru aux Pays-Bas en août 2007, traduction française prévue pour 2009

** pour plus d’information sur la PRI et les livres d’Ingeborg Bosch Bonomo: http://www.prionline.fr/